Pour changer totalement d'ambiance, un petit poème tout simple et sans prétention en fin de billet.
Bonne lecture et portez-vous bien !
Le Croi Crapaud, suite et fin
Au fond, tout au fond de l'eau, les mots lumière et respirer n'ont plus de sens.
C'est un monde différent, un monde suspendu entre deux réalités, dont seules les créatures de la boue qui vivent aussi bien sous l'eau qu'à la surface connaissent les secrets. Nuls autres ne peuvent saisir pleinement ce qui s'y passe, et nuls autres ne devraient y accéder.
Au fond, tout au fond de l'eau, se dresse une Porte, fière et magnifique.
Ce sont les naïades qui l'ont érigée, au temps où elles couraient, libres, entre les eaux ; ce sont les naïades qui ont travaillé l'argent dont elle est faite et l'ont rendu comme vivante. Ce
sont les naïades qui l'ont parée de décors aquatiques et changeants comme les courants, agiles comme les roseaux ; et ce sont les naïades qui ont fané quand vivent toujours les scènes qu'elles ont imaginées, sur l'immense Porte d'argent qui illumine le fond de l'eau comme si la Lune y était descendue.
Face à la Porte, l'Impératrice était grain de sable insignifiant, et sa couronne eût pu être faite de poussière. Si elle fut éblouie par l'éclat astral, si elle remarqua les paysages sublimes qui dansaient face à elle, son orgueil voilait son âme et personne ne peut dire si elle ressentit alors combien elle était minuscule.
Elle s'avança d'un pas certain vers la Porte et, au lieu d'y frapper, tenta de pousser le battant de sa petite main, qui s'y enfonça comme dans de la vase. L'Impératrice eu un hoquet de surprise, voulu se dégager et ne parvint qu'à faire disparaître son autre main dans la Porte. Des poissons fondus dans l'or jouaient autour d'elle, se glissaient entre ses bras prisonniers ; elle cria :
- Allez vous-en, stupides créatures ! Libérez-moi, je veux qu'on me libère !
Comme l'enfant qu'elle était, elle commença à pleurer, se voyant piégée dans la Porte comme dans une nasse jusqu'à la fin des temps. Elle voulait s'asseoir mais ses bras coincés l'en empêchaient, et elle se débattit entre la fureur et les larmes pour se dégager. Plus elle luttait, plus elle s'enfonçait, mais son désespoir l'aveuglait et elle ne s'en rendit compte que comme la Porte l'aspirait totalement.
Elle était entrée dans le Royaume du Croi Crapaud.
Soudain cascadaient devant elle arches et piliers, découpés comme de la dentelle, ornés de volutes extravagantes, provocantes, architecture d'os de grenouilles s'extrayant d'un sol tendu de leur peau élastique, création sublime d'esprits labyrinthiques et morbides. Ici, pas d'ornements précieux, mais des os bleuâtres à force d'être blancs, élevés sur un sol miroitant où se reflétait le même monde de piliers vertigineux s'enfonçant dans le néant.
Et le silence.
L'Impératrice s'avança vers la nef, et le bruit de ses souliers pleins de boue résonnait dans les arcades, splatch, splatch...
C'est alors qu'elle aperçu au loin (car le Palais était véritablement immense) le trône du Croi, et devant lui quelques monticules étranges, comme de petits tas de poussière ou de sable.
Elle vit enfin le Croi sur son trône, et il fallait pour cela des yeux aiguisés comme les siens, car il était maigre comme une patte d'aigrette, et avait perdu son ancienne couleur marais. Dorénavant, il était grisâtre, ce qui le rendait difficile à discerner au milieu du Palais.
Elle remarqua aussi la couronne blanche qui avait dû glisser de sa tête à son cou et s'arrêta tout net, puis cria au Crapaud :
- Est-ce là bien ce que je crois ? Une couronne, oseriez-vous ?
Le Croi s'anima un peu et répondit d'une voix très forte, mais sans crier :
- Et sur vos cheveux, je voiiiis la même.
- Ah ! C'est donc ça ! Vous avouez !
- Huuuum...
Il se passa quelques secondes puis l'Impératrice reprit sa marche vers le Croi en disant :
- Je ne connais à ce lieu qu'une seule souveraine. Quelle audace ! Voilà qui mériterait...
- Que vous ne fassiez de moiiii votre dîner ?
- Ah ! Rendez votre couronne ou je vous en décoiffe !
(Bien sûr, ce n'était pas le terme le plus correct, puisque la couronne du Croi lui faisait comme un collier.)
L'Impératrice mit le pied sur un monticule de poussière et regarda la poudre blanche collée à son soulier boueux.
- Vous avez marché dans l'un de mes sujets.
Et c'était là la vérité, car ce tas de poussière n'était rien d'autre que le cadavre sec d'une grenouille fervente et affammée, à qui le Croi avait interdit de sortir de son Palais, ne voyant pas revenir de leur chasse celles dont, bien sûr, l'Impératrice avait fait un festin.
Et les grenouilles du Palais étaient sans doute mortes avec la béatitude que leur provoquaient la vision de leur Croi, mais elles étaient mortes par sa faute, car jamais il n'aurait supporté de ne plus avoir de sujets pour l'adorer sans cesse, et c'est pour cela, et non pour les protéger, qu'il avait fait prisonnières les dernières grenouilles.
L'Impératrice n'y entendait rien, elle n'avait en tête que la couronne du Croi Crapaud, elle qui pensait régner sur tout le lac, et le voyait en imposteur.
- Vous n'êtes qu'un odieux faussaire ! J'arracherai votre couronne et vous le ferai regretter !
Alors le Croi, qui avait une faim terrible, projeta vers elle sa langue comme d'autres lancent un filet, l'en enserra et la goba, elle et les centaines de grenouilles qui dormaient en son ventre.
Au fond, tout au fond du lac, de l'autre côté de la Porte, reposent sur un trône d'os polis deux couronnes, et c'est tout ce qu'il reste de l'Impératrice, des grenouilles et du Croi Crapaud.
Juste parce que je l'ai promis (ah ! trop tard ! je ne peux plus me défiler !) et pour la science :
Aquarelle sur Vélin
C'est une demoiselle
Couverte de dentelle
Une pluie aquarelle
Martèle son ombrelle
Surgi d'une palette
Aux accents rococo
Planté par un pinceau
De poils de belette
Apparaît sur sa tête
Un ravissant chapeau
À la fine voilette
Fluide comme l'eau
Qui pleut sur le vélin
Des gouttes de peinture
Étalées en rubans
Figurent ses chaussures
Arrachées du néant
Puis sa robe écarlate
Se couvre de pigments
Baroques, coruscants
Dont la couleur éclate
En joyeux serpentins
C'est une demoiselle
Couverte de dentelle
Une pluie aquarelle
Martèle son ombrelle
3 grimbouillages:
Encore ! Encore !
; )
C'est vraiment excellent... Vous avez une jolie plume, de bonnes idées, et c'est très poétique. J'aime! Nous nous sommes rapidement vues à la japan expo sur le stand de François (vous portiez une superbe robe de velours rouge, si ma mémoire est bonne, au stand de François Amoretti) et je vous avais promis que je lirais vos écrits. c'est chose faite, enfin! Pourriez vous me donnez votre email, je vous prie? Le mien c'est valouvalyr(at)hotmail(dut)com. A très bientôt!! Et bonne continuation, continuez d'écrire!
Re, chère Grim!!
Grim; j'aime vriament ce que vous faites, et j'aimerai savoir si vous seriez intéressée pour écrire un petit conte (2/3 pages ) sur Noël pour le fanzine 3 de l'empire des dentelles?
ce serait vraiment génial!! Nous avons tous pleins d'artistes photos et dessins mais encore personne qui écrit (à part moi!)
Si vous êtes itnéressez n'hésitez pas à me contacter rdrr.tsubame@gmail.com
Continuez!
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