mercredi 14 octobre 2009

La Lune, première partie

Le Ciel est une toile tissée, cousue, brodée, un lieu inaccessible et offert aux yeux de tous. Le Ciel depuis toujours nous couvre et nous enveloppe, nous berce et nous effraie... Et chaque Nuit encore, la danse de la Lune rappelle son étrange histoire à qui sait lever les yeux.

À l'envers, c'était la Nuit, toute sertie de gouttes d'ambre brûlant qui bien loin et bien après s'appeleraient étoiles. Et ces étoiles étaient sa fierté ; rieuses, heureuses, joyeuses, tournoyant sur le Ciel et déposant à leur suite la poussière scintillante de leurs traînes fauves. Leurs jeux étaient un spectacle enchanté, un ballet de lumières virevoltantes sur le noir le plus pur et le plus venimeux une danse que seul le néant contemplait. Car autour du Ciel, il n'y avait alors rien, pas même le vide le plus rassurant, et ces danses éphémères n'existaient que pour les bienheureuses étoiles.
Certaines étaient plus petites, ou plus froides, ou plus lentes, et la Lune était un peu de tout cela. Jamais elle ne participait aux danses de ses soeurs, et elle n'était sur le Ciel qu'une imperceptible poussière. Alors, attendries, les étoiles veillaient sur elle, l'entouraient de leur lumière, et la Lune croyait les chérir quand c'était leur éclat qu'elle adorait.

Une nuit la Lune se perdit.
Oh, à vrai dire elle ne se perdit pas vraiment, mais elle s'aventura loin sur la toile du Ciel, quand les étoiles jouaient. Curiosité ou promenade innocente, elle s'approcha du bord de la Nuit, et les étoiles dansaient. Une splendeur toute neuve la frappa tout d'un coup, un feu qui brûlait de l'autre côté de l'étoffe, sur l'endroit et la Lune, subjuguée, s'approcha, s'approcha, se pencha, cette nuit-là, au bord du Jour, et...
Et voilà le Soleil aux mille feux, palpitant, magnifique, emplissant le Ciel de jour, et si les étoiles étaient la sève et le miel, le Soleil était l'or embrasé et glacé, sublime, inatteignable, vibrant comme du cristal et gelé en-dedans, puissant et sans âme.
La Lune resta longtemps là pour l'admirer, toute entière noyée dans ses rayons.
Puis soudain l'étoffe se déchira, car ses bords étaient fragiles, même pour la chétive Lune, et celle-ci cru basculer dans le Jour et mourir de terreur, mais le tissu se plia de sorte qu'elle dégringola sur la Nuit, et puis elle resta là, vide.


Oh ! Qu'elle était malheureuse, la Lune, dans le ciel de sa Nuit ! Qu'il était nébuleux désormais, comme elle se languissait de la limpidité du Jour, de l'éclat transperçant du Soleil !

1 grimbouillages:

L. a dit…

Comme toujours, une seule chose manque à notre bonheur... LA SUITE !

Comment ne pas apprécier la finesse du thème comme l'élégance du style...

En tant que résident permanent de ladite dame-Lune, en son nom, je te crie : MERCI !